|
La vie nous mène parfois sur des continents oubliés.
Merci à ma voisine pour ce conseil de lecture. Ma voisine, j’y allais pour acheter une bouteille d’argent colloïdal et une bouteille d’Oxy2, pour un p’tit problème d’ordre physiologique qui m’empoisonnait la vie.
Dites-moi pourquoi je suis sortie de la grande région de Montréal, si ce n’est pour rencontrer une telle femme, une voisine que j’ai appris depuis peu à connaître par son passé pas trop ordinaire, et pas son présent extraordinaire, il va de soi.
Voyez où la vie nous mène, parfois.
Un simple problème physique m’a mené jusqu’à elle. Dans son élan d’extrême générosité, voyant au début mon chenapan un peu mal en point, et me voyant un peu mal en point aussi, elle m’a offert de la rencontrer chez elle.
Et un peu comme ça, sans savoir trop comment, nous avons parlé spiritualité. Esprits retardataires… schizophrénie… ou de bibittes de toutes les sortes et de toutes les couleurs qui nous sont transmises d’une génération à l’autre… Et nous avons jasé aussi de sa fille, totalement médium… ce qui nous a mené à discuter de mes capacités un peu limités, mais elles sont là, tout de même, et je ne dois pas les ignorer, de « voir » des choses et des esprits tous blancs, et des visages tous noirs, qui m’accompagnent depuis que je suis haute comme ça.
En fouillant dans sa bibliothèque qui contient des tonnes d’ouvrages allant de la massothérapie (son métier officiel) à la spiritualité (son métier officieux, mais vous savez, monsieur et madame tout-le-monde semblent craindre ce genre de personne… alors elle se cache un peu pour se faire dévoiler par ceux qui perçoivent…) En fouillant dans sa bibliothèque, donc, j’ai mis la main sur un bouquin signé par un auteur de la région, médium d’une grand humilité, qui a été le mentor de cette voisine, et pas mal la cause directe de cette découverte chez elle d’un talent guérisseur. En tout cas.
Voilà, que je lui ai dit… Tu es une sorcière moderne. Tu soignes le corps et notre âme avec tes traitements et par les courants énergétiques. Il y a 500 ans, les gens auraient eu peur de toi et t’aurais enfermée à double tour dans un cachot pour ensuite jeter la clé dans une rivière tumultueuse… rien de moins.
Ma voisine est une sorcière. Et Fadette, la petite sorcière de la forêt, est venue finalement à sa rencontre.
Et ce livre, pas du tout par hasard, est venu à moi. Parce qu’il devait venir à moi.
J’en ai le frisson rien qu’à y penser.
Maintenant.
Sérieusement.
Ce livre, j’y crois. Parfois, le doute me ronge les sangs, mais ma raison me ramène la plupart du temps au moment présent, à ce que je vis avec les enfants, à ce que j’ai vécu jusqu’à maintenant. Tout s’explique, quand on y pense 3 secondes. Et depuis ce temps, j’arrête du mieux que je peux d’envier le gazon qui semble plus vert chez le voisin, parce que nous vivons la vie que nous devons vivre, et que celle du voisin serait sûrement pour nous une pure perte de temps. Voilà.
Je ne fais pas grand-chose en ce monde, simple mère de famille avec des tonnes de défauts et une p’tite pincée de qualités. Sauf que… quand je sais que je peux aider une personne en lui parlant de ce livre… quand je vois quelqu’un se débattre dans le vide avec ses démons, patiner à folle vitesse sans avancer un seul millimètre… Quand je vois ça, sincèrement je m’attriste et je sais que, même si je ne suis qu’un pion de rien dans ce grand jeu, mon rôle est de faire connaître non pas le livre en lui-même, mais son précieux, précieux contenu.
Il y a quelqu’une quelque part qui l’attend avec impatience, ce livre, depuis deux mois maintenant. Avec un peu de chance, elle en recevra deux exemplaires en même temps.
par petite fadette | le 2009-07-14 09:31:37 | PERMALIEN
| Lectures.
Nouvelle rubrique.
Je suis en train de poursuivre ma lecture de « La petite Poule d’eau ». Gabrielle Roy. Ça peut sembler vieux comme ça, mais je ne suis pas du genre littérature contemporaine, puisque j’ai surtout baigné dans les vieilles choses à l’université, dans mon jeune temps.
Bref… j’ai toujours voué une admiration profonde pour Gabrielle Roy, même si la plupart des étudiants au cégep détestait notre prof de nous faire lire « Bonheur d’occasion », que j’ai lu et relu maintes fois depuis ce temps, avec à chaque fois une lecture différente, mais un plaisir sans cesse renouvelé.
Il y a 8 ou 9 ans de ça, alors que j’étais couchée sur la chaise d’un chiropraticien coin St-Denis et St-Joseph à Montréal, lui et moi discutions littérature, comme toujours, puisque je trimballais à chaque fois un bouquin que je devais terminer vite vite vite pour en commencer un autre vite vite vite pour vite vite vite penser arriver à faire quelque chose avant la mi-session.
Ce doc, beau et anglophone, me racontait ses lectures de son accent anglais sexy. Il semblait aussi passionné par les lettres que par les vertèbres de ses patientes. Un jour, il me racontait son bonheur d’avoir découvert « La petite poule d’eau ». Je connaissais le livre sans l’avoir lu, évidemment, et lorsque j’ai vu la petite poule sur les tablettes d’une librairie d’occasion, quelques années plus tard, j’ai tout de suite acheté le livre en pensant à ce doc que j’aimais bien.
Curieusement, Gabrielle Roy est née au Manitoba, comme ce doc à lunettes. L’histoire de cette poule d’eau, qui est en réalité un lieu perdu dans le nord du Manitoba, mais surtout une école perdue, un lieu d’apprentissage, de connaissances, qui signe inévitablement le début de la fin de cette vie reculée… l’histoire de cette poule d’eau, donc, qui traduit en même temps un malaise entre la connaissance et l’ignorance, et entre le Canadien-Français de petite culture et l’Anglo en qui nous retrouvons tout le savoir, la culture, la richesse. La petite poule, re-donc, regroupe une famille qui vit sur l’île de la Petite Poule d’Eau. Une île fort reculée, au nord de la province, et sur laquelle la seule culture que nous pouvions y trouver était celle des moutons et des enfants Tousignant.
C’est l’histoire de l’Histoire. L’histoire de la culture en dérive qui, une fois son chemin retrouvé, ne désire plus le quitter. C’est l’histoire d’une mère de famille (tiens donc!) fort souriante, dévouée, enjouée, qui fait des enfants pour peupler son île, et qui leur octroie des prénoms triples pour combler ce vide insulaire. Roberta-Louise-Célestine. André-Amable-Sébastien. Joséphine-Yolande. « Comme pour mieux peupler la solitude où elle vivait, Luzina avait donné à chacun de ses enfants toute une kyrielle de noms d’après les grands de l’histoire ou tirés des rares romans sur lesquels elle avait réussi à mettre la main. » Joli, non?
Un jour, l’idée lui vient de fonder une école pour sa myriade d’enfants. Gênée malgré sa verve, puisqu’à l’époque les francophones étaient nécessairement timides devant un anglo, elle écrit au gouvernement du Manitoba son désir de construire une école, sur son île, pour ses enfants. Luzina fait tellement d’enfants que j’en ai perdu le compte. L’école se construit tranquillement, les bureaux, l’estrade, les effaces et les craies. Une maîtresse d’école arrive, qui souffle aux enfants ce désir d’apprendre.
Tranquillement, mais efficacement, la conscience d’un monde autre que celui dans lequel ils vivent s’ouvre aux enfants. Un a un, ils quittent cette mère de leur monde pour en retrouver une autre : celle de la connaissance. Luzina finit par se retrouver seule, à 50 ans, avec son mari et son dernier bébé.
Je suis rendue là.
Je n’écrirai pas la splendeur et l’efficacité de l’écriture de Gabrielle Roy. Ma prose déficiente ne rendrait en rien la perfection de son écriture.
En voici toutefois un extrait, celui qui donne le ton au roman. Celui qui me donne envie de pleurer, parce que la perfection est une chose qui se pleure de bonheur, pour moi.
« Elle aimait naturellement écrire des lettres. Écrire au gouvernement ne l’avait pas trop embarrassée. Le gouvernement était bien un peu responsable de l’ignorance dans l’île de la Petite Poule d’Eau puisqu’il avait attendu tant d’années pour leur donner une école. D’ailleurs, le fait que le gouvernement ne connaissait guère le français l’avait mise à l’aise; il ne relèverait pas les fautes d’orthographes de Luzina. Les réponses du gouvernement, dactylographiées et en anglais, ne l’avaient pas énormément troublée. C’était la lettre de la maîtresse, d’une belle calligraphie absolument droite et sans ratures, qui, lui révélant la perfection que pouvait atteindre une lettre dans la forme et dans le fond, accablait Luzina. Désormais elle ne serait plus tout à fait heureuse en écrivant. Mais le sort en était jeté. Luzina l’avait fixé pour toujours dès le moment où elle avait fait appel à l’instruction. Sa destinée serait maintenant d’écrire. D’écrire sans fin. D’écrire jusqu’au bout de ses jours. »
par petite fadette | le 2009-06-29 08:59:54 | PERMALIEN
| Lectures.
|